Publié : 22 mars 2009

Cours d’Histoire

III LA NAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE GAULLIENNE (1958-1962) Quand de Gaulle revient à la direction du pays, il établit une nouvelle Constitution, convaincu en effet que la réduction du rôle des partis et le renforcement de l’exécutif sont indispensables pour permettre au gouvernement de résoudre la question algérienne.

A. L’établissement d’un régime semi-présidentiel

1. L’adoption de la Constitution de 1958 .Le projet, écrit par Michel Debré, est présenté à la France le 4 septembre 1958. Au référendum du 28 septembre, plus de 79% des électeurs s’y déclarent favorables, du fait de la popularité de De Gaulle. Le nouveau régime, qui renforce les pouvoirs du président de la République tout en maintenant la responsabilité du gouvernement devant le Parlement, est un régime semi-présidentiel.

2. Un pouvoir législatif amoindri. Deux assemblées législatives sont mises en place. L’Assemblée nationale est élue au scrutin majoritaire uninominal, qui favorise les grands partis. Le Sénat, élu au suffrage indirect, sert de chambre de réflexion. En cas de désaccord entre les deux assemblées, c’est l’Assemblée nationale qui tranche. .Le gouvernement peut contraindre les députés à voter un texte de loi sans discussion et sans amendement (article 49-3). II peut aussi dans certains cas légiférer par ordonnances. .Un nouvel organe politique est créé, le Conseil constitutionnel, composé de 9 membres nommés (3 par l’ Assemblée nationale, 3 par le Sénat, 3 par le président de la République). II vérifie la régularité des élections et la constitutionnalité des lois.

3. Le renforcement de l’exécutif Le président de la République, élu pour 7 ans au suffrage indirect par un collège électoral de 80000 élus, a un pouvoir beaucoup plus important que dans le régime précédent. Il peut dissoudre l’Assemblée et recourir au référendum pour modifier les institutions. En cas de grise grave, l’article 16 lui permet d’exercer les pleins pouvoirs pendant 6 mois. Le Premier ministre et les ministres sont nommés et révoqués par le président de la République, et non plus investis par l’Assemblée. Le gouvernement peut être renversé par l’ Assemblée si celle-ci vote une motion de censure.

4. Les soutiens de De Gaulle De Gaulle est élu président de la République en décembre 1958. Parce qu’il trouve la source de son pouvoir dans sa popularité, il développe des relations directes avec les Français grâce aux voyages, aux conférences de presse, aux déclarations à la radio et à la TV et surtout aux référendums. II s’appuie sur un parti gaulliste puissant, I’UNR (Union de la nouvelle république), et sur un Premier ministre fidèle, Michel Debré.

B. La difficile résolution du problème algérien

1. Le projet gaulliste .De Gaulle, qui espérait sauver l’Algérie française, réalise progressivement que l’indépendance est inéluctable. .ll compte sur son charisme et le pouvoir que lui donnent les institutions pour à la fois ramener l’armée française à l’obéissance et faire admettre aux pieds-noirs l’autodétermination du peuple algérien, qu’il annonce en septembre 1959.

2. L’opposition à l’autodétermination Les pieds-noirs n’acceptent pas cette proposition et y répondent par la semaine des barricades à Alger (24 janvier-1er février 1960). L’armée s’insurge lorsque de Gaulle entame les négociations avec le GPRA. Le putsch des généraux (Challe, Salan, Jouhaud et Zeller) éclate le 22 avril 1961. Le refus du contingent de suivre le mouvement et l’application de l’article 16 par de Gaulle le font échouer.

3. Les accords d’Évian Malgré l’action de l’OAS qui met le pays à feu et à sang, le processus de négociation aboutit à la signature des accords d’Évian, le 18 mars 1962, qui prévoit l’autodétermination. Les Français de métropole approuvent massivement ce choix lors du référendum du 8 avri11962. Le 1er juillet, les Algériens votent à 99,7 % pour l’indépendance, qui est proclamée le 3 juillet. Huit cent mille pieds-noirs quittent alors l’Algérie pour la France. Les institutions mises en place en 1958, qui renforcent l’exécutif, permettent à de Gaulle de mettre fin a la guerre d’Algérie.

IV - APOGÉE ET DÉCLIN DE LA RÉPUBLIQUE GAULLIENNE (1962-1974)

La popularité de De Gaulle décline progressivement. La crise de Mai 68 provoque son départ.

A. La réforme constitutionnelle de 1962

1. Le pouvoir de plus en plus personnel de De Gaulle

.De Gaulle est soutenu par une grande partie de la population française et dispose de fortes majorités à l’ Assemblée nationale. .La fin de la guerre d’Algérie lui ôte son statut d’ « homme providentiel ». Les partis multiplient les critiques contre le régime. De Gaulle subit l’hostilité de l’extrême droite, qui lui reproche la perte de l’Algérie, mais surtout celle de la gauche qui voit en lui un dictateur voire, pour les communistes, un fasciste.

2. La réforme constitutionnelle Afin de s’appuyer d’avantage encore sur la population, de Gaulle veut faire élire le président de la République au suffrage universel direct. II profite de l’émotion provoquée par l’attentat du Petit Clamart dirigé contre lui (22 août 1962) pour mettre aux voix ce projet. .Au référendum du 28 octobre, 61% des Français l’approuvent, malgré les consignes de la plupart des partis. Désormais, le président sera élu au scrutin majoritaire à deux tours.

B. Le déclin et le départ de De Gaulle

1. L’usure du pouvoir .Le premier signe de l’effritement du prestige de De Gaulle est sa mise en ballottage par François Mitterrand, qui représente la gauche socialiste, aux élections présidentielles de décembre 1965, les pre- mières au suffrage universel direct. De Gaulle est élu au second tour. Le recul du parti gaulliste, I’UDR (Union des démocrates pour la république), aux législatives de mars 1967 confirme cette tendance. 2. Le mouvement de Mai 68 .La crise de Mai 68, tout a fait imprévue, éclate d’abord dans les universités, sous la double pression d’un mouvement « gauchiste » et d’un courant en faveur de la libération des moeurs. La répression de la police contre les étudiants déclenche la solidarité des jeunes ouvriers. Un mouvement social (grèves et occupations d’usines) prend le relais du mouvement étudiant. Le désarroi de De Gaulle face à cette crise est total. II craint une guerre civile .Georges Pompidou, Premier ministre depuis 1962, calme le jeu en organisant les accords de Grenelle favorables aux ouvriers. De Gaulle reprend la situation en main. II dissout l’Assemblée et, organise de nouvelles élections en juin. Effrayée par le mouvement de Mai, la province vote massivement pour le parti gaulliste qui obtient la majorité absolue. Le mouvement s’étiole progressivement.

3. Le départ de De Gaulle .De Gaulle, conscient de la fragilité de sa popularité malgré le succès électoral, organise un plébiscite sur la régionalisation et le Sénat. Tous les partis d’opposition appellent à voter « non ». Le rejet du projet par 53% des voix entraîne la démission immédiate de De Gaulle, qui se retire à Colombey-les-deux-Églises et meurt 18 mois plus tard.

C. Le gaullisme sans de Gaulle : le septennat inachevé de Pompidou (1969-1974)

1. L’élection de Georges Pompidou .Les élections présidentielles de juin 1969 portent Georges Pompidou à la présidence. Celui-ci veut à la fois assumer l’héritage de son prédécesseur et pratiquer un gaullisme plus moderne. .II maintient la prééminence du chef de l’État, mais en concentrant son activité sur la politique extérieure, son « domaine réservé », il augmente la marge de manoeuvre du Premier ministre.

2. Un gaullisme plus moderne .Le Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, tente de répondre aux aspirations de Mai 68 par un programme de mesures libérales et sociales, la « nouvelle société ». Cette politique provoque l’opposition de la majorité puis du président lui-même. Chaban-Delmas est remplacé par Pierre Messmer en 1972. Malade, Pompidou ne peut terminer son mandat. II meurt en avril 1974. La crise de Mai 68, qui a bouleversé la société française, a provoqué le départ de De Gaulle, mais Pompidou, qui lui a succédé, a mené une politique fidèle à la ligne de son prédécesseur.

V - L’INSTALLATION DE L’ALTERNANCE (1974-1986)

La crise économique qui frappe le monde a partir de 1973 provoque en France l’alternance politique. En effet, les électeurs mettent successivement leurs espoirs dans les mesures prônées par la droite, puis dans celles prônées par la gauche. C’est pourquoi cette dernière, laminée depuis 1958, gagne les élections de 1981.

A. Valéry Giscard d’Estaing face a la crise économique (1974.1981)

1. Le maintien de la droite au pouvoir Le paysage politique de la France s’est modifié avec l’unité nouvelle de la gauche (création du parti socialiste, le PS, en 1969 ; programme commun PC PS en 1972) et l’apparition d’une extrême gauche issue de Mai 68. Cependant la droite, malgré sa désunion et le déclin du courant gaulliste, conserve le pouvoir. Valéry Giscard d’Estaing est élu de justesse grâce à l’appui de Jacques Chirac qui devient Premier ministre. Mais, en désaccord avec le président, ce dernier est remplacé en 1976 par l’économiste Raymond Barre.

2. Les mesures libérales Une série de mesures libérales sont adoptées : la majorité à 18 ans, la création des collèges (les CES. Un secrétariat d’État à la condition féminine est créé. II est confié à Simone Veil qui fait voter l’autorisation de l’IVG en 1975. Face à la crise économique naissante et à la montée du chômage, Jacques Chirac pratique une politique keynésienne de relance par la consommation en augmentant les aides sociales. Mais celle-ci ne ralentit pas la progression du chômage.

3. La politique d’austérité de Raymond Barre C’est pourquoi Raymond Barre donne priorité, au contraire, à la lutte contre l’inflation par le blocage des prix et la réduction du pouvoir d’achat des consommateurs (alourdissement des impôts). De plus, il augmente les marges bénéficiaires des entreprises pour les pousser à investir (réduction de la TVA et des charges sociales). L’inflation diminue, mais le chômage continue de croître, surtout après le 2e choc pétrolier de 1979 (1650000 chômeurs en 1981).

.Les mécontentements entraînent une croissance de l’audience de la gauche, malgré la rupture entre le PC et le PS en 1977.